
1) Mme présentez-vous s’il vous plait.
Je suis KEKE Adjoto Simone Fafa, j'ai 28ans, je suis Capitaine au Long Cours, je suis mère d'un garçon, je suis de nationalité togolaise.
2) Vous êtes capitaine au long cours ?En quoi consiste votre métier ?
Mon métier brièvement consiste à la prise de commande d'un navire d'un certain tonnage (un grand navire qui pèse plus de 3000tonnes par exemple),, pour un voyage d'une longue durée (exemple d'un voyage intercontinental de l'Afrique en Europe).
3) Nous découvrons que vous êtes la première femme togolaise à accéder à ce grade. Parlez-nous de votre parcours.
A la base j'ai eu un bac scientifique et fait 2ans en agroéconomie à l'université de Lomé mais poussé par mon père qui était persuadé que je réussirai mieux dans un corps militaire j'ai opté après plusieurs recherches pour cette formation dans le domaine maritime, et heureusement j'ai obtenu une bourse du gouvernement togolais pour l'académie régionale des Sciences et techniques de la Mer (ARSTM) en Côte d´Ivoire d'où je suis sortie trois ans plus tard avec le diplôme de lieutenant au Long cours. De là, j’ai effectué la phase pratique de la formation en naviguant durant 1ans à bord d’un navire à passagers en Afrique de l'ouest et central, puis à bord des remorqueurs au sein du Port Autonome de Lomé (PAL). Cette expérience pratique m’a permis d’obtenir le Brevet d’Officier Chef de Quart Passerelle me donnant le droit de retourner en cours théorique à l’institut Supérieure des Études Maritimes (ISEM) à Casablanca au MAROC d’où je suis sortie diplômée Capitaine au long cours. Après mon diplôme je suis rentrée au pays et j´ai effectué un stage en pilotage au port de Kpémé, et actuellement je suis Capitaine à bord d'un tug boat de la société Gulf of Guinea. Il n'y a que 2% de femme marin dans le monde, mon défi quotidiennement est de donné le meilleur de moi-même car je représente non seulement la gente féminine dans mon domaine mais aussi mon pays le Togo et je me dois de laisser une bonne réputation pour les promotions qui suivront, tout en montrant qu’avec de la volonté et de l´abnégation on peut tout faire, même les métiers communément considérer comme « métiers d´hommes ».
6- Pour les jeunes n’ayant pas de bourse mais intéressés par le métier, quels conseils leur donneriez-vous ?
Les formations malheureusement coûtent cher, ma formation de base coûte 2 millions par année par exemple sans les frais afférents à la vie sur place. Donc à part les bourses, une personne intéressée doit faire beaucoup de recherches auprès de compagnies comme MAERSK, MSC et qui offrent des bourses pour former des étudiants à partir du niveau bac et les absorber à la suite. Donc il faut vraiment être quelqu'un qui aime chercher et se renseigner. Si quelqu’un n’est pas intéressé par la marine marchande, la marine étatique aussi est présente. Il y a un concours organisé chaque année où on recrute 2 à 3 personnes maximum. Il faut avoir un Bac +3 dans une filière scientifique au campus et avoir moins de 23 ans. Mais ces deux dernières années le concours est réservé aux enfants de troupe et non les civils.
4) Ce métier est souvent appelé métier d’homme ! Comment naviguez-vous dans ce monde ?
Je m'informe beaucoup sur la toile sur les femmes capitaine de la marine marchande dans d'autre pays : aux USA , en Afrique du sud, au Kenya, au Ghana… Je fais attention à moi, à mon image, et aux messages que je pourrais véhiculer, le respect de mes collaborateurs, cerné le comportement de tout un chacun, être humble, m'affirmer quand il le faut. J’apprends, je désapprends, et j'apprends de nouveau car comme le dit un vieux dicton marin « une eau calme n'a jamais fait un bon marin ». La vie en mer est comme ces vagues, on ne cherche pas l'équilibre on cherche à avancer, c'est une lutte quotidienne, et par-dessus tout, je compte sur mon Dieu, car dans le milieu maritime il vaut mieux croire en quelques chose.

7- Quels sont les prérequis pour réussir la formation ?
Les sciences et l’anglais, car l’anglais est la langue maritime. Cependant il faudrait vraiment que la personne soit bonne en tout car elle aura besoin de toutes les matières pour être performant. Nous apprenons par cœur beaucoup de choses comme les codes, le balisage etc…les significations des choses etc.. car naviguer en mer c’est comme rouler au sol il y a des règles à maitriser.
8- Votre dernier mot ?
J’encourage les femmes à s’intéresser à ce métier et à se faire une place dans ce monde. C’est le fer de lance de ma bataille sur le terrain en partageant avec les cadets ces informations et en espérant que mon parcours les motive à aimer le domaine et à se lancer.

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